Au moment où j’écris ce post, une goutte de sueur perle derrière mon genou gauche et roule sur mon mollet. J’en suis à ma troisième gourde depuis ce matin, et je n’arrive plus vraiment à faire la différence entre mon ventilateur et mon sèche-cheveux. Ma lampe de bureau est allumée alors que nous sommes au beau milieu de la journée, parce que tous mes volets sont fermés.
Comme vous, j’ai chaud. Comme vous, je n’ai jamais eu aussi chaud de ma vie chez moi. Dire que les températures m’inquiètent est un doux euphémisme. Mais je n’écris pas pour nourrir la panique ambiante. Moi, ce que je veux, c’est penser des solutions et mettre en mouvement, dans toutes les sphères de notre quotidien. Même au travail. Même quand on fait du marketing.
J’en ai déjà parlé, communiquer est un acte politique. Mais savoir comment et où on le fait l’est au moins tout autant. Depuis que j’ai commencé ma journée, bien que j’essaie de changer un peu certaines de mes habitudes, j’ai :
assisté à une réunion sur Teams (qui appartient à Microsoft) sur mon PC Windows (Microsoft)
optimisé un article pour qu’il soit plus visible sur Google
planifié un contenu pour Instagram (Meta)
rédigé pour LinkedIn (Microsoft)
passé un appel sur WhatsApp (Meta) sur mon Pixel (Google)
et probablement utilisé un service AWS (Amazon).
Ce monopole m’interroge depuis un moment. Aujourd’hui, il me met en colère. Déjà en 2021, avant le développement exponentiel de l’IA, l’ONG influence Map avait pointé que seules 4 % des actions de Lobbying des GAFAM étaient axées sur le climat (contre 38 % pour le secteur de l’énergie). Et qu’en plus, ces quatre petits pour cent ressemblaient rudement à du greenwashing.
Depuis, le monde a changé, et l’IA n’a pas fini d’exploser. Et avec elle, ce sont les data centers qui poussent comme des champignons, émettant des millions de tonnes de CO2 dont on aurait largement pu se passer. L’intelligence artificielle étant toujours plus gourmande, les GAFAM ont retourné leur liquette pour les alimenter à coups d'énergies fossiles. Google et Meta financent la construction de dizaines de centrales à gaz pour leurs data centers. Résultat, depuis 2019, +48 % de GES pour google, 60 % pour Meta, 33 % pour Amazon et 23 % pour Microsoft.
Regarder mon PC et mon smartphone me donne donc doublement chaud. Je pourrais parler aussi de souveraineté, de sécurité et de monopole, mais j’ai promis de réfléchir à des solutions, alors je vais arrêter là pour le contexte.
Pour réduire la température, ou en tout cas pour faire en sorte qu’elle monte un peu moins fort, nous devons interroger nos usages. Se pencher sur la finalité de nos actions. Penser les outils autant que les supports. Partir à l’aventure en sortant des sentiers battus.
Et surtout, briser le statu quo. Oui, nous avons le pouvoir d’agir. Non ce n’est pas fichu. Oui, chaque geste compte.
Alors peut-on faire du marketing et de la communication sans les GAFAM ?
Aujourd’hui, malheureusement, non. Ils sont partout, et surtout chez vos collaborateurs, chez vos clients, chez vos usagers, chez vos prestataires, chez vos donneurs d’ordre.
En revanche, ce qu’il est possible de faire, et ce, dès maintenant, c’est de creuser les premiers sillons d’une autre manière d’envisager notre métier. En tout cas, c’est ce que moi j’essaie de faire, voilà comment :
Formez-vous au numérique responsable.
La connaissance, c’est le vrai nerf de la guerre. Comprendre de quoi on parle, des impacts et des enjeux derrière nos usages nous aide à prendre les bonnes décisions. Le but du jeu, ce n’est pas de vous culpabiliser, mais bien de fourbir vos armes !
Vous pouvez commencer par le Mooc du numérique responsable.
Si vous avez la possibilité, vous pouvez également suivre une fresque du Numérique.
Qu’on le veuille ou non, les GAFAM ont dopé tout notre écosystème digital pro et perso à l’intelligence artificielle, et nous incite à employer ces outils constamment. Et c’est vrai que parfois, ils sont pratiques et qu’ils peuvent nous donner un coup de pouce.
Mais là aussi, il est essentiel de comprendre comment et à quel prix pour agir en conscience. Et donc de se former à l’IA, pour savoir l’utiliser, et appréhender ses impacts. Ca tombe bien, j’ai un Mooc pour vous !
Auditez vos outils, et trouvez des alternatives pour transformer vos pratiques.
Interrogez votre environnement de travail pour cartographier la présence des GAFAM. Bien vite, vous verrez que certains usages impossibles à éliminer. Je ne peux décemment pas vous dire d’arrêter d’être présents sur Meta et de jeter vos MacBook à la poubelle. En revanche, il y en a plein d’autres qui peuvent changer, pour peu que vous soyez prêts à secouer vos habitudes.
Moi, par exemple, je quitte progressivement Google Workspace pour aller chez Infomaniak, un fournisseur suisse. Je délaisse aussi WhatsApp au profit de Signal. J’ai désinstallé Chrome, et je suis repassée sur Firefox. Enfin, je fais mes recherches en priorité sur Ecosia ou DuckDuck Go et sa version No AI.
D’ailleurs, j’ai fait évoluer ma boite à outils pour y inclure une catégorie « No Gafam » pour commencer.
Responsabilisez vos actions.
Je ne vais pas me lancer aujourd’hui dans un grand cours théorique, parce que c’est somme toute assez simple :
Une communication et un marketing responsables sont précis et passent le bon message, à la bonne personne, sur le bon canal au bon moment.
Pas question de clôturer votre LinkedIn (pour l’instant), mais plutôt de faire peut-être un peu moins, mais mieux. Délimiter vos actions, c’est les tailler pour la performance. En concevant une expérience cohérente, vous connectez vraiment avec votre audience, et vous sortez de la relation de dépendance que les Meta, Google et LinkedIn aiment entretenir avec vous. Le but du jeu, de créer une telle valeur qu’on vous cible ou que vous soyez.
C’est pour ça que je suis particulièrement fan des newsletters en ce moment.
Intégrez le bien-être dans vos indicateurs de performance.
Oui oui !
Le vôtre, celui de vos équipes et celui de votre audience. Les GAFAM et consorts aiment jouer avec notre charge cognitive. Ils nous débordent de notifications et de sollicitations. Ils participent à notre sentiment de fatigue généralisée. Nous sommes collectivement empêtrés dans une course à l’échalote du toujours plus : plus de contenus, plus de canaux, plus de campagnes. Ne pas être présents partout et tout le temps, c’est risquer d’arrêter d’être visibles. Ou alimenter une énorme machine qui se nourrit de l’énergie que vous passez à produire et à diffuser. On ne le prend pas assez en compte, et c’est bien dommage. Pourtant, il existe des initiatives vraiment intéressantes pour apprendre à communiquer en respectant la charge mentale de vos publics (et celle de vos équipes).
Est-ce que vous envisagez de réduire votre dépendance aux GAFAM ?
Prenez bien soin de vous et à très vite !
Carole
J’espère que vous avez pris autant de plaisir à lire cette newsletter que moi à l’écrire. Si elle vous a plu, n’hésitez pas à la transférer à toutes celles et ceux que ça pourrait intéresser ! Ça m’encourage à continuer 🙏. Et si vous voulez en savoir plus sur moi, rendez-vous sur mon site web ou sur ma page Linkedin. On peut même boire un café (au moins virtuel) si le cœur vous en dit…
